Adapter un référentiel existant à l’échelle locale
Pourquoi ?
De nombreux référentiels internationaux et locaux existent qui peuvent être réadaptés à l’échelle locale. Nous fournissons quelques illustrations en donnant à voir le cadre général du référentiel et un exemple d’adaptation à l’échelle locale.
Quelle utilité ?
Utiliser de tels référentiels peut permettre de s’inscrire dans une communauté d’acteurs ayant déjà testé celui-ci et faisant évoluer ces usages. Cela permet également d’avoir un cadre théorique et méthodologique préexistant et de bénéficier de la légitimité acquise par la démarche.
Les contreparties potentielles sont : un risque d’isomorphisme (c’est-à-dire de reprendre des préoccupations ou valeurs décalés par rapport aux enjeux du territoire) ; un court-circuitage d’un dialogue autour de ce qui compte sur le territoire utile aux dynamiques collectives ; la technicité de l’approche, comment se l’approprier ; moins d’indépendance dans la conduite de la démarche si l’organisme producteur du référentiel doit donner son accord.
Comment ?
En se saisissant d’un référentiel existant et en se renseignant sur ses conditions d’usage (adhésion à un réseau, nécessité d’inviter un expert du sujet, etc.)
En élaborant les étapes d’adaptation du référentiel – celui-ci peut être éventuellement adapté de manière participative.
Exemples de boussoles
Donut
Plus de 47 territoires dans le monde ont transposé le donut à l’échelle locale. Cette déclinaison demande une adaptation des dimensions constituant originellement le donut (Figure 8 et Figure 9). Ces dimensions se déclinent (Amer, 2024) entre celles du plafond écologique issues du travail du Stockholm Resilience center (Steffen et al., 2015) (changement climatique, acidification des océans, pollution chimique, charge d’azote et de phosphore, prélèvements d’eau douce, reconversion des terres, perte de biodiversité, pollution de l’air, appauvrissement de la couche d’ozone) et celles du plancher social issues des ODD (nourriture, santé, éducation, revenu et travail, paix et justice, représentation politique, équité sociale, égalité des sexes, logement, réseaux, énergie, eaux). Fanning et Raworth onr proposé en octobre 2025 une version actualisée du donut. Le site du doughnut economics permet de prendre connaissance des territoires qui ont procédé à une telle déclinaison et des outils associés à ces initiatives.
Les objectifs de développement durable (ODD)
Le cadre des ODD, tel qu’adopté à New York en septembre 2015, comprend 17 objectifs : 1) pas de pauvreté, 2) faim zéro 3) bonne santé et bien-être 4) éducation de qualité 5) égalité entre les sexes 6) eau propre et assainissement 7) Energie propre et coût abordable de l’énergie 8) travail décent et croissance éco ; 9) industrie innovation & infrastructure ; 10) inégalité réduite 11) villes et consommation durable ; 12) mesure relative changement climatique
Ces 17 objectifs sont divisés en 169 cibles plus spécifiques (Figure 10). Il doit être mis en application principalement aux niveaux national et infranational, en prenant en compte les spécificités locales au moyen de l’adaptation et de la hiérarchisation des objectifs et des cibles en fonction de chaque contexte. La France reprend par exemple les ODD dans son agenda 2030 et détaille les indicateurs de suivi nationaux (INSEE), européens (Eurostat) et internationaux (ONU) retenus.
Les ODD servent souvent de cadre d’inspiration. Des territoires ont décliné les ODD, tels que les villes de Besançon, de Quetigny, d’Epernay, de Metz, Niort, Strasbourg et le département de la Gironde. Un travail sur les cibles est nécessaire. Par exemple, la ville de Besançon a abouti à 53 cibles ordonnées selon les 5 finalités du développement durable (changement climatique – biodiversité, milieux naturels et ressources, cohésion sociale et solidarité, épanouissement des êtres humains, consommation et production responsables).
© ODD
Indicateurs de Progrès Social
L’indicateur de progrès social (Social Progress Index) repose sur trois dimensions fondamentales du bien-être (1. Les besoins humains fondamentaux ; 2. Les fondements du bien-être ; 3. Les possibilités/opportunités d’épanouissement), ensuite subdivisées en douze composantes :
© Source : Green et al. (2024, p. 6)
En 2017, l’Inde a adopté le SPI comme indicateur pour mesurer les progrès en matière de développement social dans 50 États. Certaines municipalités, notamment en Argentine, au Brésil et au Pérou, ont adopté des versions modifiées du SPI en l’utilisant comme indicateur clé de l’efficacité des politiques (Ottaviani et al., 2021). En Amazonie, le SPI a servi de cadre de délibération collective visant à rapprocher les intérêts économiques des entreprises et les intérêts socio-économiques des populations du territoire. Les indicateurs ont été adaptés au contexte local, mais leur validation est restée sous la responsabilité du Social Progress Imperative.
Aux États-Unis, Somerville a été un des premiers territoires à décliner le SPI à l’échelle municipale. La ville a réalisé plusieurs enquêtes pour mesurer la satisfaction des résidents (tous les deux ans depuis 2011) (City of Somerville MA, 2016 ; City of Somerville MA, 2018).
Indicateurs de bien-être de l’OCDE
L’OCDE a mené un riche travail de définition des indicateurs de bien-être au travers du Better life Index. Elle produit des rapports et des guides méthodologiques régulièrement pour guider les acteurs dans la construction de leur référentiel. Elle a par exemple actualisé son guide pour mesurer le bien-être subjectif en 2025 (OCDE, 2025).
Le cadre d’évaluation du bien-être de l’OCDE (2020) articule le bien-être actuel et les ressources nécessaires au bien-être futur :
© Sources : OCDE (2014, 2018)
Le Better Life Index est appliqué aux 38 pays membres de l’OCDE. Une déclinaison régionale a été développée et un site internet interactif permet de comparer le bien-être soutenable dans 395 régions de l’OCDE. Des études de cas ont également été faites dans différentes régions de l’OCDE (OCDE, Kleine-Rueschkamp, 2018).
Le bien-être régional (OCDE, 2014) est calculé à partir de neuf dimensions (revenu, emplois, logement, éducation, santé, environnement, sécurité et engagement civique). Trois dimensions de l’approche originale ne sont pas déclinables. À l’échelle locale, l’approche vise à combiner des indicateurs objectifs et subjectifs et à reconnaître la diversité des besoins (au travers de la liberté de choix des indicateurs) (OCDE, Kleine-Rueschkamp, 2018).
Points de vigilence
L’adaptation d’un référentiel existant prend aussi du temps afin d’adapter celui-ci aux enjeux propres au territoire (Dias da Silva & Ladvocat Rocha Campos, 2022).
Comment lier soutenabilité sociale et soutenabilité environnementale ?
Les objectifs de certains référentiels peuvent être contradictoires entre eux. C’est par exemple le cas des ODD.
Cette incompatibilité concerne une certaine organisation socioéconomique. On peut tout à fait imaginer qu’une autre configuration socioéconomique où le levier de la sobriété serait prioritairement activé permette de mettre en compatibilité ces objectifs. Suivre les ODD dans le temps peut être un moyen d’étudier ces synergies ou au contraire ces coûts (Moro et Nass, 2023).
Découvrir les expériences associées : ODD ; Donut de Bruxelles, Donut d’Amsterdam ; Donut de Grenoble ; Social Progress Index Amazonie ; Social Progress Index Bangkok ; Social Progress Index Sommerville ; Better Life Index de l’OCDE