Pourquoi ?

L’enquête globale est une condition d’une approche systémique.

Mener une enquête « globale », embrassant les différents champs qui composent notre environnement social et territorial, permet de dépasser certaines limites en matière d’observation.

L’approche systémique dépasse les logiques d’intervention aujourd’hui déployées en silos, notamment dans le champ des politiques publiques : par public (les personnes âgées, les personnes en situation de handicap, les demandeurs d’emploi, les enfants scolarisés, etc.) ou par thématique (la santé, la mobilité, le logement, etc.). Les démarches d’observation alimentent traditionnellement la connaissance dans ces différents champs morcelés. Mais elles constituent aussi l’opportunité, à l’image d’IBEST, de l’enrichir sur des champs plus transversaux et d’identifier alors des problématiques jusque-là situées en dehors des radars (rapport aux espaces de nature, entraide, etc.). Par la prise en compte globale de l’inscription socioenvironnementale de la personne, l’approche par le bien-vivre contribue à introduire une transversalité à visage humain dans les réponses proposées.

Quelle utilité ?

Présentation des apports possible de ce type de démarche à partir du retour d’expériences des professionnels des politiques publiques utilisant IBEST sur le territoire grenoblois :

Une approche centrée usagers / habitants / citoyens

L’approche centrée sur les usagers permet de partir du quotidien tel que vécu par les personnes, qui travaillent, se déplacent, aident des proches, ont une famille à charge, votent, rêvent, achètent, cuisinent, etc., au quotidien, et pour qui les logiques de sectorisation de l’action publique sont peu opérantes – voire incompréhensibles. Cette approche a pour origine leur expérience d’usage du territoire. Elle les interpelle sur les différents volets de leur existence et permet ainsi d’embrasser la complexité des choix et des systèmes auxquels ils et elles font face.

Cette approche permet aussi d’observer “le social” ou la société par un autre prisme que celui proposé par les indicateurs « à charge », traditionnellement utilisés (la précarité, le chômage, la délinquance, etc.) (Le Roy & Ottaviani, 2016). Ces indicateurs éclairent des aspects plus “positifs” de l’existence, tels que le vivre-ensemble, la sociabilité, la convivialité ou encore l’engagement, c’est-à-dire des dimensions centrées sur les individus tels qu’ils et elles se perçoivent dans la société, et comment ils et elles perçoivent leur environnement, et non plus seulement sur la manière dont l’action publique appréhende le pilotage de ses politiques publiques pour elle-même.

 

Un suivi longitudinal au fil du temps

Une enquête reproduite tous les 4 à 5 ans (les phénomènes sociaux évoluent lentement) peut permettre d’éclairer sur le temps long des phénomènes invisibles de la statistique publique habituelle.

Un socle de connaissance facilitant le déploiement d’autres travaux

La connaissance produite via une enquête globale peut faciliter l’interprétation des résultats à une échelle micro, permettre la connexion de différents champs d’action publique et servir de socle – à travers la reprise de questions clés – à la production d’autres enquêtes sur des thématiques spécifiques.

Alimenter l’observation de politiques publiques spécifiques : l’exemple des analyses des besoins sociaux 

À l’échelle de la ville, l’analyse des besoins sociaux (ABS) répond à une obligation légale pour les Centres communaux d’action sociale (CCAS). Les ABS font état de problématiques à l’œuvre sur le territoire et ainsi contribuer à éclairer la décision en matière d’intervention sociale et médico-sociale. Traditionnellement réalisée à partir des données issues de la statistique publique (Insee, CAF, etc.), parfois complétée par des données plus qualitatives recueillies auprès des acteurs et usager-es, l’ABS du CCAS de la Ville de Grenoble s’est enrichie des indicateurs de bien-être construits et collectés via la démarche IBEST. L’usage du questionnaire IBEST a ainsi permis de renouveler l’approche en produisant une connaissance sur le rapport des personnes à leur propre vécu, aux autres et aux institutions, ainsi que sur leurs conditions concrètes d’existence. Pour consulter les ABS de la ville de Grenoble : https://www.grenoble.fr/231-documents-publics.htm

Comment ?

La démarche d’IBEST par exemple visait à compléter les manques existants en termes statistiques concernant les conditions du territoire (travail, loisirs, cadre de vie, santé, déplacements, sociabilité, etc.). Or, les ressources statistiques pour appréhender ces différents champs n’existent pas toujours (ce qui est le cas des données de sociabilité notamment) et/ou ne sont pas consolidées à une échelle suffisamment fine. Elles sont par ailleurs majoritairement axées sur l’offre du territoire (comme le nombre de médecins pour 1 000 habitant-es), et non sur la possibilité réelle d’y recourir (occultant par exemple pour le soin les difficultés effectives d’accès : liste d’attente, coût, blocage psychologique, absence de transport, etc.). Par ailleurs, quand elles sont disponibles, elles ne permettent qu’exceptionnellement d’étudier leurs interactions réelles. Par exemple, les inégalités sociales et territoriales de santé ne devraient s’étudier que sous le prisme d’une approche systémique qui mesure l’ensemble des déterminants de santé : de l’état de santé « réel » et « perçu », jusqu’aux pratiques sportives, alimentaires, et aux conditions de vie sociales et économiques, au sein de son environnement social et géographique.

 

Périmètres, approche territoriale et cartographie

Comme toujours en observation, la question du périmètre d’observation est déterminante pour le dimensionnement de l’enquête, son coût, la robustesse de son analyse ou encore son éventuel effet performatif pour un passage à l’actionL’articulation des échelles et la confrontation des données existantes donnent des éclairages complémentaires aux enquêtes prises isolément. De plus, selon le périmètre d’enquête choisi, il s’avère parfois possible (voire souhaitable) de distinguer des secteurs de tirage en son sein. Par exemple, sachant que l’enquête IBEST est réalisée auprès de 1 000 personnes résidant dans la métropole grenobloise et qu’elle porte notamment sur le cadre de vie, il semble opportun de proposer deux sous-entrées géographiques.

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La démarche IBEST est traité spatialement en 5 sous-secteurs.

  • Une entrée par strate distinguant ville centre (elle-même scindée en deux parties), ville dense (première couronne) et ville peu dense, la densité étant appréhendée comme une composante à la fois objective et subjective du cadre de vie ;
  • Une classification en 5 sous-secteurs qui correspondent à des bassins de vie et également à une échelle d’intervention technique métropolitaine.

La taille et la composition de l’échantillon rendent possibles ces sous-découpages et affinent spatialement certains constats au sein de l’enquête. Par ailleurs, le choix d’un périmètre d’action publique reconnu (ici, une intercommunalité) permet une comparaison avec d’autres enquêtes, notamment nationales.

Exemple d'usage

Une enquête peut alimenter des usages multiples :

  • Accompagner l’émergence d’actions en faveur du bien vivre et de la sobriété
  • Enrichir la connaissance du territoire
  • Évaluer une politique ou un programme
  • Piloter des politiques publiques

Points de vigilance

Les publics hors statistiques

Les statistiques contribuent à visibiliser certains phénomènes. Or, certains groupes de population sont mal couverts par ces dernières, notamment pour des raisons techniques qui s’attachent aux pratiques de décompte et collecte de données (l’invisibilité des « sans » : sans papier, sans logement, sans travail, etc.). Cette difficulté statistique, et le caractère parfois flou de certaines catégories, contribuent à produire un décalage entre les conditions de vie que laisse entrevoir la statistique (une situation de « pauvreté » par exemple) et la réalité vécue par les personnes. L’invisibilité des publics en situation de précarité renvoie plus largement à l’inadaptation de l’outil statistique qui contribue parfois à masquer des phénomènes, dont le caractère multidimensionnel nécessite de croiser de multiples approches et indicateurs. Ainsi, la statistique publique, même locale, peine à dépasser la simple photographie pour rendre compte des mécanismes sociaux, des trajectoires et des parcours de vie individuels.

Par ailleurs, des groupes peuvent être peu nombreux sur le territoire – tels que les agriculteurs sur le territoire grenoblois – ce qui rend difficile un traitement spécifique de leur situation malgré l’importance des problématiques attachés à un tel public.

Comment lier la soutenabilité sociale et la soutenabilité environnementale ?

Une enquête a le mérite de permettre de relier facilement différentes considérations sociales et environnementales. Elle ne renseigne par contre pas sur les flux biochimiques et la situation « objective » du territoire d’un point de vue environnemental. Elle doit être par conséquent pensée en complémentarité à ce type de données. Par exemple, le donut pourrait être un cadre rassemblant des données d’objectivation de la situation environnementale et des données d’enquêtes renseignant plus finement sur la situation sociale, mais aussi sur l’intérieur du donut, notamment les pratiques socioécologiques (c’est l’ambition du Baromètre des transitions).

Découvrir les expériences associées : Pour découvrir sept enquêtes sur les pratiques socioécologiques, cf. le projet Baromètre des transitions

Pour une enquête complète sur le bien-être soutenable, cf. IBEST